Passer la navigation
Handicap moteur Handicap auditif Handicap visuel Handicap mental Augmenter la taille du texte Diminuer la taille du texte

Logo de la ville de Bordeaux. Retour à l'accueil.
getParameter(cat) : coulisses
true - François Lagarde : photographe, éditeur, réalisateur
true - Le dépôt légal en campagne
true - Eurêkoi : quèsaco ?
true - Voyage d'un manuscrit en Italie
true - Une journée chez les Compagnons du Tour de France
true - Le retour du vinyle

Voyage d'un manuscrit en Italie

par Justine D.

Parmi les missions des conservateurs de bibliothèques et de musées, il en est une, en apparence romanesque et excitante, qui consiste à convoyer des œuvres prêtées pour des expositions partout dans le monde. Mais loin du glamour et de l’exotisme de certaines destinations, cette mission est aussi longue, fastidieuse et stressante. Récit d’un convoiement effectué en Italie en mars 2015 pour le prêt à Reggio Emilia dans la région de Bologne d’un manuscrit du peintre italien Piero della Francesca.
 


 Avez-vous déjà prêté attention aux provenances des œuvres mentionnées sur les cartels dans les expositions en musée ou bibliothèque ? Souvent dans ces courtes notices donnant des informations sur l’œuvre exposée, se trouve la mention “collection particulière”, lorsqu’il s’agit du prêt d’un collectionneur privé, ou encore la mention de l’institution prêteuse.

 Jetez un œil, par exemple, sur les cartels de l’exposition Bordeaux-Italie qui se tient en ce moment au musée des Beaux-Arts de Bordeaux, ou sur l’exposition Félix Arnaudin, le guetteur mélancolique au Musée d’Aquitaine : vous y trouverez des mentions d’œuvres en provenance de la bibliothèque de Bordeaux. Mais comment cela se passe-t-il, concrètement, un prêt d’œuvre d’art pour une exposition ?

 Qui demande quoi ?

Tout commence avec la demande de prêt. Elle a lieu quelques mois avant l’exposition, souvent un voire deux ans à l’avance. Parfois les commissaires d’exposition se déplacent pour repérer des œuvres ; un projet scientifique et culturel est ensuite envoyé à l’institution qui conserve l’œuvre, accompagnant la demande de prêt.

Le Palazzo Magnani a ainsi sollicité la bibliothèque de Bordeaux pour le prêt d’un manuscrit en partie autographe du peintre italien Piero della Francesca, daté de la fin du 15ème siècle, le Traité de la perspective en peinture (De prospectiva pingendi). La fondation organise en effet une exposition sur l’œuvre mathématique et géométrique de ce peintre italien du Quattrocento, qui a fixé les règles de la perspective en dessin et en peinture.

La bibliothèque de Bordeaux conserve l’un des sept manuscrits de ce traité recensés à ce jour. L’exemplaire de Bordeaux contient des annotations de la main même du maître, qui a peut-être aussi tracé les dessins illustrant ses théories dans le manuscrit. Autant dire qu’il s’agit de l’un des trésors des collections de la bibliothèque, une des pièces maîtresses de l’exposition du Palazzo Magnani.
 

 

 

Vaccins et papiers en règle !

 Une fois la demande reçue, les responsables de collections évaluent la pertinence du projet et vérifient l’état de conservation de l’œuvre demandée. Dans le cas du traité de Piero della Francesca, la reliure en mauvais état (ajoutée au 19e siècle) ne permettait pas son exposition tel quel. Le Palazzo Magnani a donc accepté de financer la restauration de la reliure.

 Des échanges ont ensuite eu lieu tout au long de l’année pour préparer l’exposition : informations pour la rédaction des notices, envoi d’images pour la préparation du catalogue d’exposition et des supports de communication, préparation de projets de mise en valeur propres à l’exposition. Le Palazzo Magnani, qui présentait pour la première fois les 7 manuscrits du traité ensemble, a ainsi construit un outil numérique en partenariat avec le Museo Galileo, qui permet de feuilleter les 7 œuvres numérisées.

 Parallèlement s’opèrent toutes les démarches administratives pour le déplacement et l’exposition de l’œuvre : assurance, conditions de transport et d’exposition. Le manuscrit en question est un chef-d’œuvre, plus encore, il est officiellement un “trésor national”. Propriété de l’Etat, il faut demander l’autorisation au Ministère dela Culturepour faire sortir ce type d’œuvre du territoire national.

 Pour des questions de conservation et de sécurité, les institutions font appel à une société spécialisée dans le transport d’œuvres d’art, qui assure toute la partie matérielle de l’opération. Le responsable de collection est aussi pris en charge : il accompagne l’œuvre à chaque étape du (long) parcours, depuis la réserve de la bibliothèque, jusqu’à la vitrine d’exposition.

Jour 1 : le grand départ

 J’accueille les techniciens de la société de transport un lundi matin. Après avoir dressé le constat d’état, qui décrit en détail l’état de l’œuvre avant le départ, nous emballons le manuscrit dans du papier de soie, et le plaçons dans une valise capitonnée fermant à clé, clé que je vais garder sur moi tout au long du parcours.

 Je le précise tout de suite, la valise n’est pas attachée à mon poignet par une menotte, et les gardes ne sont pas armés pour ce convoiement !

 La discrétion est cependant de mise. Nous calons la mallette à l’arrière d’une petite camionnette, de sorte qu’elle ne subisse aucun choc pendant son transport. Et nous voilà partis sur les routes de France, direction Paris. Au terme d’un long trajet sans histoire, nous déposons le manuscrit pour la nuit dans les locaux sécurisés de la société de transport, tandis que je rejoins un hôtel à proximité pour une courte nuit en attendant l’envolée vers Bologne.

Jour 2 : direction l’Italie !

 Debout à 5h du matin, parée à la deuxième étape du transport, je retourne prendre la mallette toujours fermée chez le transporteur, et nous nous rendons à l’aéroport. Je suis accompagnée d’un superviseur qui prend en charge toutes les démarches pour l’envoi et la réception des œuvres avec les différents services et zones de l’aéroport.

 Le trésor national a droit à un siège en classe affaires, pour des questions de sécurité et pour assurer à l’œuvre le moins de variations climatiques possibles : le papier est sensible aux changements brusques de température et d’humidité. La mallette est calée sur le siège avec des sangles : je ne la quitte pas des yeux pendant le vol.

 Arrivée à Bologne, je suis accueillie par le service de sécurité de l’aéroport, qui nous remet, le manuscrit et moi, entre les mains du transporteur italien qui assure la dernière partie du transport. Ensemble, nous recommençons l’opération de calage de la mallette à l’arrière du camion de transport, et empruntons l’autoroute jusqu’à Reggio Emilia.

 A l’entrée de la ville, une voiture de carabiniers (la gendarmerie nationale italienne) nous attend et nous escorte jusqu’au Palazzo Magnani, une grande bâtisse de pierre à la lourde porte de bois massif. Des policiers montent la garde à l’entrée du musée et m’accompagnent pour les derniers mètres.

A l’intérieur du palais, les équipes s’activent pour la mise en place de l’exposition. Une vidéo montre les étapes du montage.

 

 

Ce jour-là, on déballe et installe les œuvres prêtées par le Victoria and Albert Museum de Londres. Pour cette exposition en effet, des oeuvres ont été empruntées dans toute l’Italie, en France et en Angleterre. Je dépose la mallette toujours intacte dans une petite réserve et prends rendez-vous pour le déballage et le montage le lendemain. Nous sommes mardi après-midi, je peux profiter de cette après-midi ensoleillée pour visiter la petite ville de Reggio.

Jour 3 : mission accomplie !

 Le lendemain matin, je reviens au musée avec la clé de la mallette. Nous déballons le manuscrit. Nous reprenons le constat d’état pour constater que l’œuvre n’a aucunement souffert de son transport. Puis je laisse l’œuvre entre les mains du régisseur, qui l’installe sur un berceau adapté exactement à la forme du manuscrit. La reliure restaurée, assez souple, s’adapte bien aux supports d’exposition.

 

Nous installons ensuite l’œuvre dans sa vitrine, fabriquée sur mesure pour accueillir le manuscrit de Bordeaux. La pièce est climatisée, les conditions de température et d’hygrométrie sont suivies en permanence. Les techniciens ferment et scellent la vitrine mise sous alarme. Nous vérifions ensuite les conditions d’éclairage.

 L’œuvre est prête pour l’inauguration du surlendemain. L’exposition, passionnante, présente les théories de Piero della Francesca et des exemples d’application à son époque, dans le dessin et la peinture. Grâce à une muséographie claire et pédagogique, le visiteur est invité à passer des théories en deux dimensions décrites dans le traité du 15ème siècle, à leur démonstration en trois dimensions. L’exposition était encore visible au Palazzo Magnani, jusqu’au 28 juin 2015.

 Quant au manuscrit, il a refait le chemin en sens inverse et est revenu sain et sauf dans les réserves de la bibliothèque de Bordeaux, où il goûte un repos bien mérité.

 

Retrouvez le Traité de la perspective en peinture en version intégrale, sur Séléné, la bibliothèque numérique de Bordeaux !

 

Accès rapide
Mon compte
SELENE
Bibliotheque de Bordeaux
85 cours du Marechal Juin
33000 Bordeaux
T: 05 56 10 30 00
F: 05 56 10 30 90