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poésie (in)citation *4

Petite anthologie de nos nouveautés par l’espace Littérature

Poesieincitation5 Ent
     

 Julien Blaine

 

Je pourrais essayer avec ça, aussi :

les changements de genre…

Deux se sont immédiatement

imposés :

 

la gazonne & le racin.

 

Mais pour que le mot joue bien la transexualité, il faut les chercher un à un, les trier, les lire, les écouter, les dire et, finalement, consentir à les écrire :

la cabochonne & le purg,

la tamboure & le torgnol,

la planctonne & le jup,

la débite & le balein,

la trapèze & la travelo

le vigne & la vignobl

le Vierge & la Jésus

le chapelur & la fanionne

la fascicule & le rémission

la gratte-ciel & le voussure

le banqueroute & la ballonne

la kung-fu & le boxe 

la knock-out & le sandal

le saveur & la savoir

la masculin & la féminin

le femm et la homme

etc.

Ainsi je pourrais, en bien cherchant, continuer longtemps, à travers les noms communs des pages de mes dictionnaires, en allant au plus creux des plis gris de mon cortex, en restant immobile, en suspens, les yeux dans le vague et le regard perdu vers cet horizon invisible, mais je n’arriverai plus jamais à l’évident équilibre de la gazonne & le racin.

 

Thymus – Le Castor Astral, 2014

 

Autres livres de Julien Blaine à  la bibliothèque.

Lire une critique  sur Sitaudis ou un autre extrait de Thymus sur le blog Un nécessaire  malentendu

Vidéo de Marie Poitevin : Julien Blaine : L'éléphante et la chute 

 

 

   

 Claire Malroux

 

L’apparition

 

   En fermant les yeux je l’ai aperçu     Il se tenait devant moi à distance et dans une attitude d’attente

   Sur les fougères des gouttes de rosée tremblaient dans un petit vent frais

   La lumière redorait le monde

   C’était, ce ne pouvait être que l’aube, nul autre moment du jour ni de la nuit pour notre rencontre

 

   Avant même le corps j’ai vu les bois s’avancer posément, non pas flotter sur l’élément liquide,

   Mais marcher dans le ciel quoique fermement rattachés au sol

   Aérienne couronne, animal mi-arbre, arbre mi-animal, rêve ambulant

 

   Il était là     Je n’ai pas perçu le bond qui lui a permis de pénétrer dans l’enceinte de mon cerveau

   C’était un jour d’automne, période de brame

   Moi, roulant en autobus le long des grilles du jardin du Luxembourg

 

Dits du cerf & de quelques biches – L’Escampette, 2014

 

Autres livres de Claire Malroux à  la bibliothèque.

Présentation de  l’écrivain sur le site Poezibao.

En janvier 2014, Claire Malroux présente son ouvrage à France Culture dans une émission sur le thème de la forêt.

Découvrir un autre extrait dans l'anthologie permanente de Poezibao et dans le blog Un nécessaire malentendu

 

 

 

   

Lucien Suel

 

Le livre, les livres

 

Eclat venu du passé, de frères et sœurs dans l’esprit !

 

Voici les poètes rares et leurs visions sioux.

 

Ils ont fixé le mot, les mots vus, hic et nunc, sertis dans la noirceur des encres, dans la candeur des pages.

 

Hors du temps, nos yeux, leurs yeux se rencontrent dans l’impression-fusion.

 

Quand le regard se détache du texte, il s’envole vers le ciel profond, rayons et flèches filant vers la galaxie du verbe, lumière ondulatoire, un vivant mécanisme.

 

Les livres, le livre, mobile intelligence, compagnon qui vibre dans les poussières, sous une couverture de chagrin.

 

Le livre, on le manipule sous toutes les coutures, on le caresse, nerfs, tranche, tête et dos, le hume, puis dévore, le corps, la graisse, le caractère. Il vit avec son secret, ses lettres cachées. Une vie sans défense ; on l’ouvre, et voici le mort qui revient dans la lumière, qui se ranime, s’éveille sous le souffle des lecteurs.

 

Le sang, le sens circule sur la page, sur les lignes, veine des écrivains, le sang sur la page, sur la terre, sur le bois. L’ivresse nous tourne les pages et la tête.

 

Tout ouvert, maintenant, tout est ouvert : les fenêtres, les yeux, les portes, le ciel, le livre. La page s’éclaire, mots noirs absorbant les énergies, lecture de la réalité, trace du verbe dans la pulpe.

 

Je suis debout – La Table Ronde, 2014

 

Autres ouvrages de Lucien Suel à la bibliothèque.

SILO : blog de l'auteur.

Lire une critique de Jacques Josse  dans Remue.net ou de Jean-Pascal Dubost dans Poezibao et sur le site Poebzine.

 

 

   

Ernst Stadler

 

Les roses du jardin

Les roses du jardin fleurissent une deuxième fois. Chaque jour, par bottes épaisses, elles s’élancent

Vers le soleil. Mais c’en est fini de la délectable douceur

D’une première floraison qui se balançait dans la cour d’un feu constellé de blanc et de rouge.

Elles jaillissaient plus avides, comme si elles se déversaient d’une veine ouverte

Sur la chair forte et bombée de feuilles.

Leur floraison sauvage est pareille au souffle de la mort

Qui porte l’été finissant dans l’incertaine lumière de l’automne.

 

Le Départ / traduit par Philippe AbryArfuyen, 2014

Lire une critique sur le site La cause littéraire

 

 

     

Paul de Roux

 

   Arrivé au lac, surprise d’y trouver le vent. Toutes les grandes herbes dansent et l’eau elle-même est agitée, parcourue de vaguelettes. La lumière frémit avec les frondaisons dont le vert semble se ranimer. L’étreinte de la chaleur s’est desserrée.  Une petite buse patrouille à faible hauteur. On se baigne. Au sortir de l’eau, une lueur bleue : une minuscule libellule. Deux papillons volent de conserve, les fourmis grimpent sur vos jambes nues.

14/8

 

Défilé de nuages blancs à travers le bleu du ciel. De temps à autre filtre un rayon de soleil. Etrange, ce pouvoir de la lumière, de métamorphoser un instant le mur le plus banal, une cheminée . Fluidité, renversement : cela s’accorde bien avec mes humeurs, que je crois souvent déterminées par ces états de la lumière.

16/2

 

Au jour le jour. 5  : carnets 2000-2005 / édition établie par Gilles Ortlieb – Le Bruit du temps, 2014

 

Autres ouvrages de Paul de Roux  à la bibliothèque.

Lire une présentation de l'ouvrage dans Le Blog de l'Ecole des lettres.

Gilles Ortlieb présente Au jour le jour de Paul de Roux dans l'émission d'Alain Veinstein  Du jour au lendemain.

 

 

     

Yves di Manno

 

L’ADIEU

VI

Seuil et sommet. La feuille, le noir

Que l’on somme (sur le blanc, sur l’é

Tang, résistant) d’apparaître et s’é

Tendre en lignes régulières ou heur

Tées.

          Tiens, siens

          Sont ces

Seins

          Tendus –

          Te sont dus

Les offrandes et l’hommage

          (Tiens !)

Que l’errante et le sage

Te refusaient jadis.

          Jade ou fusée

          Epoque (ou

          Pâque)

Résumée au fusain, sur le papier sans heure

Sur l’or et les orties, quand les leurs

Se ressemblent et que les mots (d’aucun)

          Epar

          Pillés rassemblent.

 

Champs : un livre-de-poèmes : 1975-1985 Flammarion, 2014 - (Poésie)

 

Autres ouvrages de Yves di Manno  à la bibliothèque.

Alain Veinstein a reçu l'auteur dans l'émission Du jour au lendemain en avril 2014.

Lire un entretien avec Yves di Manno dans Levure littéraire , un article dans Zone critique ou une critique de Tristan Hordé sur le site Poezibao .

 

 

   

 Sandro Penna

 

IX

 

Nuits d’août parmi les constellations

de garçons, furtifs sur le rivage : 

moi sans astronomie

je te trouve sans erreurs, mon étoile.

 

X

 

(J’ai vu un) accident

 

Dieu quel martyre dans la ferraille

de la lambretta  ! le sang sur les mailles

d’une beauté atroce et la broussaille

se ferme sur ton corps et le débraille.

 

XVIII

 

Je m’agenouille et te prends, âme seule,

ce n’est pas une prière, c’est de la gourmandise.

 

De la gourmandise : poèmes poste restante / traduit par Daniele Comberiati et Etienne Dobenesque - Ypsilon, 2009

 

Autres ouvrages de Sandro Penna à la bibliothèque.

Ecouter Mi nasconda la notte, letta da Mimmo Pelini.

 

 

   
 

Derek Mahon

 

Tout va s’arranger

 

Comment ne pas être ravi de contempler,

par-delà la lucarne, les nuages qui s’en vont,

et une marée haute reflétée au plafond ?

Il faudra bien mourir, je sais, il faudra bien,

Mais à quoi bon s’étendre ?

Les vers coulent sans effort de ma main,

et leur source secrète est le cœur en éveil ;

l’aurore se lève en dépit de tout,

et les villes lointaines sont belles et radieuses.

Couché dans une débauche de soleil,

je regarde le jour poindre et les nuages fuir.

Tout va s’arranger.

 

La Mer hivernale et autres poèmes / traduction et préface de Jacques Chuto – Cheyne, 2013 – (D’une voix l’autre)

 

Lire un autre poème de La Mer hivernale dans La bohême est au bord de la mer ou Poezibao et un article de Henri Droguet.

Derek Mahon lit Everything Is Going To Be All Right .

 

 


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